60 millions de consommateurs voit le bio en rose (et commet quelques bourdes…)

Dans son Guide du Bio, la revue 60 millions de consommateurs chante les louanges du bio. « Les Français sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les produis issus de l’agriculture biologique », note la brochure, qui précise : « Ils seraient environ 7% à en consommer tous les jours ». Sauf que selon les propres documents de l’Agence Bio, ils étaient 9 % il y a deux ans ! Ce recul n’est pas vraiment un signe de l’« engouement » que croit percevoir le mensuel, qui réaffirme au passage que « le bio respecte l’environnement en n’utilisant pas de produits chimiques ; en conséquence, il est meilleur pour notre santé ».

Pour preuve, le guide mentionne un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) de 2003, qui « va plutôt dans ce sens ». Ce qui est parfaitement faux ! Il suffit de lire les conclusions de ce rapport : « L’ensemble des données examinées dans le cadre de cette évaluation a montré, de manière générale, peu de différences significatives, et reproductibles, entre la composition chimique des matières premières issues de l’agriculture biologique et de celles issues de l’agriculture conventionnelle. Les résultats des études sont parfois contradictoires. Les nombreux facteurs de variation intervenant dans la composition chimique et la valeur nutritionnelle des aliments (variété/race, saison, climat, stade de maturité ou de développement, stockage, conduite d’élevage…) sont souvent plus importants que l’impact des facteurs liés strictement au mode d’agriculture (nature de la fertilisation, des traitements sanitaires…). »

Enfin, le Guide du Bio met également en cause le chiffre de 20,7% concernant la présence de résidus de pesticides dans les produits bio. Une donnée révélée par le livre Bio, fausses promesses et vrai marketing. Il s’agirait d’« une mauvaise interprétation » du rapport de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui affirmerait aujourd’hui que le pourcentage des échantillons de produits bio présentant des résidus de pesticides en 2007 ne serait « que » de 10,2%. Curieuse affirmation : dans son rapport, la DGCCRF ne mentionne nulle part 10,2%, mais bien 20,7%. Voici ce qu’elle écrit : « Sur 256 échantillons de produits biologiques, 203 échantillons ne présentent aucun résidu de pesticides. 45 échantillons sont positifs en dessous de la LMR et 8 échantillons sont positifs au dessus des teneurs maximales autorisées. En tenant compte de l’ensemble des échantillons positifs, le taux de non conformité est de 20,7 % ». Ce chiffre de 20,7 % n’est d’ailleurs pas surprenant. D’autres études réalisées à l’étranger, notamment les travaux conduits entre 2002 et 2008 par l’équipe allemande d’Eberhard Schüle, relèvent une présence de résidus détectables dans les denrées bio assez similaire (comprise entre 23% et 30 % [1] ).

Interrogé par A&E, le rédacteur en chef adjoint de 60 millions de Consommateur, Jean Jacques Nerdenne précise que, selon la DGCCRF, « le chiffre de 20% incluait les produits contenant du PBO (pipéronyl butoxide), qui n’est pas un pesticide, mais qui est un synergiste des pyrèthres ». En clair, sur les 20,7%, 10% des échantillons contenaient un produit chimique de synthèse ; Ce qui veut dire que 10 % des échantillons contenaient un produit chimique de synthèse ; une information qu’y aurait mérité de figurer dans l’article...

Enfin, le Guide du Bio reconnaît que l’agriculture biologique utilise des pesticides dangereux pour la santé… tout en minimisant les risques. Ainsi, la roténone, qui « heureusement pour la santé des cultivateurs, est interdite depuis le 30 avril dernier », ne serait pas dangereuse pour le consommateur « car elle a une rémanence très faible ». Certes, mais le même raisonnement est valable pour de très nombreux pesticides de synthèse. Pour leur part, le pyrèthre et le cuivre seraient sans danger, car si ces deux produits « ont montré des effets sur l’animal, rien ne laisse penser qu’ils puissent en avoir sur l’homme ». Voici un discours bien rassurant, qui en toute logique devrait également s’appliquer aux pesticides de la famille des pyréthrinoïdes, puisque leur mode d’action est identique à celui du pyrèthre.

[1] Eberhard Schüle, « Pesticides residues monitoring of organic food and crops », Séminaire Fytolab, 20 octobre 2009.

Gil Rivière-Wekstein