E.Coli : clarification à l’égard de la filière bio

Suite aux intoxications allemandes et girondine par la souche O104:H4 d’E. coli, la revue Politis tente de dédouaner la filière bio, qui serait « accusée à tort ». « C’est un amalgame scandaleux », s’insurge Julian Adda, délégué général de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Il ajoute : « [La contamination] touche aujourd’hui la filière bio, mais le risque n’a rien à voir avec nos pratiques ». Ces propos sont faux. Comme l’est la déclaration précipitée de Dominique Marion, le président de la Fnab, qui a tout récemment affirmé qu’« en agriculture biologique, il n’est pas possible d’avoir une telle infection ».

Deux raisons expliquent pourquoi la filière bio est davantage exposée que les filières conventionnelles à ce type d’infections bactériennes.

1- D’une part, l’usage de matières organiques animales ou humaines accentue le risque. Comme le rappelle Jean-François Briat, chercheur au CNRS, une étude menée en 1996 par le Centre de contrôle des maladies infectieuses d’Atlanta (Etats-Unis) a démontré qu’« un tiers des décès [liés à une infection par une souche pathogène d’E. coli] était dû à la consommation de produits issus de l’agriculture biologique, alors que ceux-ci ne représentent que 1% des aliments consommés aux Etats-Unis ». Bien entendu, depuis lors, les pratiques agricoles bio ont évolué, et une attention particulière est portée à ce risque. Lorsque le compostage est correctement effectué, il est ainsi censé éradiquer les bactéries pathogènes. Mais personne n’est à l’abri d’un accident. En conventionnel, ce risque est éliminé dans la mesure où les engrais apportés aux cultures sont de synthèse. Reste un risque commun aux deux types de cultures : celui d’une eau contaminée.

2- D’autre part – et cela n’a curieusement été évoqué dans aucun article de presse –, le processus même de la germination des graines semble aujourd’hui poser un véritable problème pour la filière bio. En effet, l’exploitation biologique allemande, premier foyer de l’épidémie, possède un équipement moderne, et aucune erreur n’a été relevée par les autorités sanitaires allemandes. Par conséquent, des graines contaminées en amont n’auraient pas été détectées lors des analyses microbiennes (ce qui est d’autant moins surprenant que la souche O104:H4 n’est pas recherchée). Ensuite, le système de stérilisation bactérienne des graines n’aurait pas tué la souche. Sachant que l’agriculture biologique interdit l’usage d’eau chlorée et de moyens physique tel que l’irradiation, les seules alternatives préconisées en bio sont soit le trempage pendant quelques minutes des graines dans de l’eau chauffée, soit l’utilisation de vinaigre bio. Or, Philippe Bourgois, patron de Germ’line, l’un des trois plus grands producteurs de graines germées bio de France, admet que l’eau n’est réchauffée qu’à 65°, alors que l’OMS recommande un chauffage à 70° minimum ! Une immersion de quelques minutes dans de l’eau à 65° suffit-elle pour rendre inactives les bactéries ? « Ce n’est pas certain », estime David Tribe, professeur au département de microbiologie et immunologie de l’Université de Melbourne (Australie). « Cela dépend également du temps, de la quantité de graines et de la charge bactérienne initiale », poursuit le spécialiste, qui estime qu’une immersion dans de l’eau à 65° « pendant quelques minutes » est clairement trop risquée. « Des germes pathogènes piégés sur des graines pourraient parfaitement résister à ces traitements », ajoute le Dr Tribe, qui reconnaît qu’on ne connaît pas aujourd’hui la tolérance à la chaleur de la souche O104:H4. Elle pourrait différer de celle d’autres souches...

Il n’est pas étonnant que l’ensemble des foyers d’intoxication par E. coli O104:H04 constatés depuis mai 2011 soient, dans un cas, une exploitation bio, et dans les autres, des particuliers ayant procédé eux-mêmes à la germination des graines, les sachets de graines ne contenant en général aucune indication concernant la nécessité d’opérer une stérilisation bactérienne des graines avant germination...

Enfin, mettre en cause les élevages intensifs – et les antibiotiques utilisés dans les élevages – témoigne d’un manque de connaissance du dossier : la souche E. coli O104:H4 n’a jamais été retrouvée chez des animaux ! En revanche, elle circule en Europe chez les êtres humains depuis 2001 (et non 2005, comme le prétend Politis)...

Gil Rivière-Wekstein